Anne Charrier : « Je ne crois pas tellement à l’instinct maternel »

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Anne Charrier est une actrice caméléon, aussi à l’aise sur les planches que sur le petit écran. Son dernier rôle ? Celui d’une mère héroïque dans « Prêtes à tout », une fiction diffusée sur France 2 mercredi 14 mars à 20h55. Nous l’avons rencontrée.

Si beaucoup ont découvert Anne Charrier dans le rôle de Véra, la prostituée au caractère bien trempé dans la série Maison close, elle s’est aussi fait remarquer sur le petit écran dans Mes amis, mes amours, mes emmerdes (2009) et plus récemment dans Chef (2016) et Marjorie (2016) En 2016, elle donne la réplique à Kad Merad et Patrick Bosso dans la comédie dramatique Marseille. Aujourd’hui, elle incarne Aline, une mère déterminée à sortir son fils d’un trafic de drogue dans Prêtes à tout (France 2), un rôle qui lui a valu le prix de la meilleure interprétation féminine lors du festival de la fiction à La Rochelle, en septembre 2017. Entretien avec une comédienne souriante, accessible et pétillante.

Le Journal des Femmes : Parlez-nous de votre rôle dans Prêtes à tout.
Anne Charrier :
Professeure de Français dans un lycée assez prestigieux, Aline est mère de trois enfants studieux, épouse d’un chirurgien avec qui elle forme un couple soudé, vit dans une belle maison… Cette femme a atteint tous ses objectifs, elle est dans une sorte de toute-puissance, de réussite inconsciente. C’est à ce moment-là de sa vie que tout bascule : son « petit dernier » a été arrêté pour un trafic de cannabis. Dans un premier temps, elle se dit qu’il a simplement déconné et ne sait pas qu’il a mis les pieds dans un engrenage où tout va rapidement dégénérer.

Dans ce projet, qu’est-ce qui vous a le plus séduit : le rôle ou l’histoire ?
Tout. Le rôle, inévitablement, puisque l’histoire est très bien écrite. Je suis maman donc je sais combien c’est un rôle difficile à endosser, nous ne sommes pas forcément clairvoyants et j’avais cette fragilité là. Ce déséquilibre m’intéressait beaucoup, je me disais qu’il y avait matière à jouer quelque chose de très fort.

Justement, vous êtes mère de deux enfants. Seriez-vous prête à tout pour eux ?
Je défoncerais tout pour eux. Je ne crois pas tellement à « l’instinct maternel », mais plutôt au fait que l’on est capable de beaucoup pour ses enfants, notamment de devenir criminel.

Il y a en effet pas mal de violence dans cette fiction. Certaines scènes sont très brutales. Avez-vous reçu une préparation spécifique ?
Non, et tant mieux ! J’en ai reçu pour d’autres films. C’est très violent, surtout pour Aline qui, contrairement au personnage de Nadia qui vit dans un milieu hostile, observe tout de sa tour d’ivoire et reste à l’écart. Elle pense être clairvoyante, lit les journaux et entend ce qui se dit à la télé, mais elle n’est pas directement confrontée à ça. Elle n’a pas à balayer son palier parce qu’un mec s’est piqué la veille devant chez elle.

Avez-vous déjà connu quelqu’un victime de cette situation ?

Des enfants d’amis ont déconné… Moi-même étant ado, j’ai entendu parler de tout ça mais je n’y ai jamais été directement confrontée.

Dans le film, vous êtes très complices avec Alika del Sol, qui incarne nadia. Vous connaissiez-vous avant de tourner ensemble ?
Pas du tout, nous nous sommes rencontrées sur le tournage et la complicité qui est née est une complicité de jeu. Nous n’avons ni eu le temps, ni le loisir de créer un lien personnel, même si cela s’est fait par la suite. D’ailleurs, ça n’aurait pas été utile puisqu’elles sont dans une forme d’antagonisme : Aline est bien-pensante, ouverte sur le monde – dans une certaine mesure – mais accuse directement celui qui habite en cité avant de s’interroger sur son propre fils, qui est en réalité à l’origine de cette affaire. Malgré toute notre bien-pensance, il y a une sorte de cliché qui rattrape tout le monde. On ne veut pas croire que nos petites têtes sont responsables d’une catastrophe.

Vos enfants sont peut être trop jeunes concernant ce fléau… Les avez-vous déjà sensibilisés ?
Indéniablement. Je serai obligée d’aborder ce sujet, ma fille étant maintenant lycéenne. Il faut veiller à en parler avec cohérence et adopter une certaine distance. J’ai l’impression d’être comme tous les parents, un peu « con con ». On ne peut ni partager notre expérience parce que cela ne les regarde pas, ni leur parler de la leur pour éviter d’être trop intrusif…Tout est une question de juste milieu.

En 2016, vous campiez le rôle de « Marjorie » sur France 2, un registre qui relève davantage du comique… Êtes-vous plutôt drame ou comédie ?
Je fais mes choix en fonction du personnage et du projet. Idem lorsqu’on on me demande si je préfère le théâtre ou l’écran. Qu’il s’agisse de drame ou de comédie, la sincérité reste la même : il faut investir le personnage à fond et être persuadé de ce que l’on joue. Une situation dramatique pour l’un est souvent comique pour l’autre. D’ailleurs, les scènes humoristiques que j’adore sont souvent très dramatiques pour les personnages.

Avez-vous été victime de harcèlement dans votre métier ?
Je n’ai pas été confrontée à Harvey Weinstein, mais je suis très solidaire de cette libération de la parole des femmes. Dans mon travail, jamais personne n’a abusé de moi.

Et dans votre entourage ?
Bien sûr. J’ai également été dans des situations où je me disais : « Ok il ne faut pas rester là », mais jamais de la même ampleur que ce qu’il s’est passé avec Weinstein. Il y a forcément de la séduction dans notre métier, au-delà du sexe. Il existe également une forme de séduction entre femmes, qui n’est pas seulement physique. Il faut convaincre les gens que l’on est est fait pour le rôle ou la collègue idéale. Est-ce vraiment différent des autres métiers ?

Actrice, vous êtes constamment observée. Quel rapport entretenez-vous avec votre image ?  
Avec l’âge, j’essaie moins de me cacher derrière quelqu’un, même si, inconsciemment, on essaie toujours de le faire. Je n’aime pas les prises de paroles personnelles : ce que j’ai à dire de moi n’est pas forcément intéressant, je préfère dire les mots des autres. L’image que j’ai de moi s’est toujours faite par le prisme de quelqu’un d’autre. Ce n’est donc pas une obsession, j’ai un rapport relativement serein avec mon image. Jeune, c’était plus compliqué. Pendant très longtemps, je me suis méfiée du regard de l’autre, de ce que j’évoquais. J’étais alors dans une forme de protection. Très tôt, j’ai été confrontée à la nudité dans mon travail : ce n’est pas le fait de traverser nue un plateau qui est un problème en soi, mais le commentaire d’une autre personne, qui peut très vite devenir inhibant.

Un conseil pour celles et ceux qui veulent se lancer ?
Le travail. On ne devient pas comédien par la téléréalité mais en prenant des cours de théâtre, ou pas d’ailleurs, mais en travaillant et en étant passionné. Surtout, il ne faut pas à tout prix chercher le succès, ni le craindre, mais savoir l’accueillir.

Pourquoi ce métier ?
Je n’ai pas de parents cinéphiles, j’ai grandi à la campagne et mes premiers rapports au cinéma se sont fait via la télé, notamment par le Mardi Cinéma de Pierre Tchernia ! J’ai toujours voulu faire ça. A l’école, on faisait des spectacles de fin d’année, on montait des saynètes… Le déguisement, dire les mots de quelqu’un d’autre, m’ont toujours plu. Cela restait un loisir jusqu’au jour où j’ai découvert Romy Schneider.

Avant d’être à l’écran, vous étiez sur les planches.
Et j’ai commencé tard ! J’ai joué la première fois en 1999 dans La Nuit des rois (Shakespeare). J’ai commencé tard car je ne trouvais pas mon chemin. Je viens de la campagne, autour d’Angoulême, où l’accès au théâtre et à la culture en général est restreint. Et puis, ça ne faisait pas sens, personne ne faisait ça, c’était complètement utopique ! Alors je suis entrée à la fac, à Paris, je piétinais… Je faisais des petits stages, mais rien de quoi nourrir une ambition. J’avais une vraie envie de texte.

Comptez-vous revenir au théâtre ? Quels sont vos projets ?
J’y suis ! Je joue l’extravagante mère dans En attendant Bojangles, au théâtre de la Pépinière à Paris. Je viens également de tourner Maman a tort, une série adaptée du roman éponyme de Michel Bussi pour France 2. Oui, je suis dans beaucoup d’adaptations ! Je tournerai à partir du mois d’avril/mai le prochain film de Roschdy Zem. Les projets s’enchaînent gentiment.

Quel est votre péché mignon ?
Le chocolat.

Quel est votre talent caché ?
Ce n’est pas un talent caché, mais plutôt un talent que je crois cacher : j’aime chanter… mais je chante comme une chèvre.

De quoi êtes-vous la plus fière ?
Désolée pour la réponse bateau mais… de mes enfants. Ils sont drôles, intelligents…

Sont-ils tentés de suivre les pas de leur mère ?
Pour ma fille oui, j’en suis certaine. Elle prend des cours de théâtre depuis un bon moment. On verra comment les choses évoluent, mais l’important est qu’ils soient heureux !

Soirée continue « Prêtes à tout« , mercredi 14 mars 2018 à 20h55 sur France 2 puis débat présenté par Julian Bugier : Drogue : un échec français

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