Hollysiz : « Ça me remue de chanter en français »

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Après un premier opus couronné de succès, Hollysiz est de retour dans les bacs avec « Rather Than Talking », un album dans lequel l’artiste se met à nu. Rencontre.

Cinq années se sont écoulées depuis son premier opus. Cinq années pendant lesquelles Hollysiz a sillonné les routes d’ici et d’ailleurs, avant de partir se ressourcer aux Etats-Unis et à Cuba. Deux pays dans lesquels l’auteure-compositrice a capté des sonorités et essences lui inspirant un second album « plus organique et sincère », à son image. Dans Rather Than Talking, Hollysiz conjugue les sonorités 90’s avec un éventail de percussions et des rythmiques latines entraînantes. « Cet album, c’est celui de mes rêves » nous confie-t-elle d’emblée lorsque nous la rencontrons. Confidences sans filtres d’une artiste accomplie.

Journal des Femmes : Comment décririez-vous cet album en trois mots ?
Hollysiz : Organique, multiple et sincère.

Le premier l’était moins ?
Le premier avait été l’aboutissement d’un besoin d’aller au bout de ma passion. Cet album-là, c’est celui de mes rêves. C’est la concrétisation de beaucoup de choses mûrement réfléchies… Il est plus conscient dans chaque détail.

Cet album est plus intime que le premier. Une volonté ?
J’ai commencé à écrire le titre Rather Than Talking alors que je terminais le premier album. Il a donc été longuement mûri. J’ai toujours mis du sens et été honnête dans ce que je faisais mais j’en ai eu davantage conscience ici.

Vous vous êtes éloignée de Paris pour le composer. Une nécessité ?
Je suis avant tout partie pour moi, pour me retrouver, déconnecter et combler une envie de voir autre chose. New York m’attirait depuis longtemps et d’un coup, La Havane était à côté… Ma fascination pour Cuba et l’envie d’y aller sont extrêmement liées à la musicalité du pays. Ça m’a aussi reconnectée avec le Brésil où je me rends régulièrement. Je me suis rendue compte que ces sonorités latines avaient toujours influencé ma musique. C’est ce qui m’a donné envie de mettre des percussions et de l’organique dans l’album.

Vous avez également fait des rencontres déterminantes lors de ces voyages…
C’est vrai. Le groupe The Skins notamment, dont les membres sont écœurants de talent et de jeunesse. Ils créent en permanence. Ils ont eu accès à tout, tout de suite, ce qui leur a permis d’imaginer une musique totalement décomplexée. J’ai également travaillé avec Luke Jenner, que j’ai rencontré au départ à Paris, et avec qui j’ai énormément échangé à New York. A force, on a eu envie de se mettre en studio et faire de la musique ensemble. C’est lui qui m’a poussée à m’ouvrir davantage…

© Parlophone

L’album s’ouvre sur Unlimited qui résonne comme un hymne féministe.
J’ai écrit cette chanson il y a pile un an. A l’époque, il y avait l’investiture de Trump avec les propos « grab them by the pussy » et j’en passe, la campagne électorale en France où on entendait des choses atroces, et on remettait même l’avortement en cause en Pologne et en Espagne. Tout ça m’a perturbée. Je ne pensais pas qu’il y aurait un tel vent de révolte derrière. Au départ, cette chanson n’est pas spécialement féministe. Elle appelle avant tout à se libérer des conventions, de ce que les gens pensent et nous pousse à croire en notre propre force.

Êtes-vous optimiste quant à l’avenir ?
Je me dis qu’il y a encore du boulot… Quand on parle de France Gall, ce n’est que pour mettre en avant les hommes qui ont traversé sa vie, alors que pour Johnny Hallyday, on oublie de mentionner que c’est une femme qui a écrit l’un de ses plus gros tubes (Zazie a écrit Allumer le feu, ndlr). Au-delà de ça, je trouve aberrant qu’à travail égal, une femme soit encore moins payée qu’un homme… Il y a bien plus grave certes, mais ces petits détails sont encore beaucoup trop présents.

Dans All About Now, vous dites vouloir arrêter de penser au passé. Profiter du moment présent : votre philosophie de vie ?
Oui. Mais c’est une lutte car je suis très nostalgique. Cette chanson, je l’ai coécrite avec la chanteuse de The Skins. Elle n’a que 21 ans et pourtant, cette pulsion de vie et ce besoin de profiter de l’instant présent nous réunissaient. On s’adresse à tout le monde dans ce titre, mais avant tout à nous-même.

« Devoir convaincre le public en festival me plaît »

C’est le second album en anglais. Est-ce plus facile d’exprimer vos sentiments et émotions dans cette langue ?
Par pudeur oui même si le français me titille beaucoup. J’écris en français pour mon plaisir et peut-être qu’un jour, je le ferais pour d’autres mais ça me remue de chanter dans ma langue maternelle. Je ne maîtrise pas encore toutes les nuances de l’anglais. Je ne cherche pas de détour pour exprimer ce que je ressens comme je pourrais le faire en français.

On sent que l’opus a été pensé pour le live. Hâte de remonter sur scène ?
Je sortais de deux années de tournée à la fois éprouvante et merveilleuse quand j’ai commencé à travailler sur l’album. Bien sûr que j’y pensais… Il y a beaucoup de percussions et de voix dans l’album car ça me rappelait le public qui reprenait mes titres… La tournée commence début avril, j’ai hâte !

Que ressentez-vous sur scène ?
En studio, on est dans une bulle avec un rythme qu’on choisit et beaucoup de liberté. La tournée, c’est un travail de sportif de haut niveau avec un cadre très strict pour tenir sur la durée. On ne peut pas être plus dans l’instant que lorsqu’on est sur scène. 

Votre meilleur souvenir ?
La première Cigale a été particulière parce que j’ai grandi à côté de cette salle et j’en ai rêvé pendant si longtemps… L’Olympia évidemment… Mais je pense que ce sont les festivals qui m’ont le plus bouleversée. C’est gigantesque et il y a un petit côté artisanal où on se doit de convaincre le public qui me plaît bien.

« On oublie souvent
que je suis auteure-compositrice »

Vous parlez d’Hollysiz comme d’un projet. Est-il devenu plus « humain » ?
Bien sûr ! Des personnes gravitent autour de cette appellation mais le moteur, c’est moi. Si on veut me connaître, il n’y a qu’à écouter mes morceaux et venir me voir sur scène. 

Avoir pris ce nom de scène, c’était une façon de vous détacher de l’étiquette de fille et soeur de ?
J’avais envie de créer un avatar qui me permettrait de faire ce que je voulais, sans impliquer qui que ce soit. Pendant deux ans, j’ai pu faire des tournées, me casser la gueule et apprendre mon métier sans a priori positif ou négatif. Aujourd’hui, j’aime bien ce détachement.

Quel est votre coup de coeur musical du moment ?
Comme le commun des mortels, j’écoute beaucoup l’album d’Orelsan qui est extrêmement bien construit. Dernièrement, je suis revenue à beaucoup de vieux sons comme Otis Redding, Portishead mais aussi de la musique latine. Il y a une espèce de mélancolie et une manière de poser les mots qui est fantastique.

Qu’est-ce que vous diriez à la Hollysiz des débuts ?
De se calmer… Quand je revois des images de cette période, je sens que je suis impressionnée et pas à l’aise.

Auriez-vous fait des choses autrement ?
Non car c’est ça qui fait que je suis comme je suis aujourd’hui. J’aurais peut-être fait attention au fait qu’avoir une bouche et un short rouges allaient faire oublier que je suis auteure-compositrice… Dès l’instant où je les ai mis de côté, on a commencé à me respecter comme si mettre du rouge à lèvres rendait la femme superficielle.

© Dimitri Coste

Quelle est votre mélodie du bonheur ?
L’océan. 

Qu’est-ce qui vous met des trémolos dans la voix ?
Je perds assez vite mes moyens. C’est terrible sur scène d’ailleurs. Je me souviens d’un concert à Solidays où j’étais descendue dans le public pour jouer Come Back To Me. Les gens la connaissaient de A à Z et ça m’avait bouleversée. Cette chanson, je l’ai écrite pour mon père. C’était une sorte d’incantation. C’était très beau. 

Une chose que vous envoyez valser ?
Les cons ! (rires)

La dernière fois que vous l’avez mise en sourdine ?
J’apprends à être moins impulsive et plus patiente.

Est-ce qu’il vous arrive de jouer du pipeau ?
Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire mais j’ai tendance à être un peu trop franche.

Qu’est-ce que vous menez à la baguette ?
Je suis très exigeante avec moi-même. J’essaie d’être meilleure tous les jours, à tous les niveaux.

Une musique qui adoucit les mœurs ?
Toute l’œuvre de Philip Glass.

Rather Than Talking, second opus d’Hollysiz, dans les bacs (Parlophone)

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