Pourquoi certains hommes se masturbent devant les femmes sans leur consentement

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Cinq femmes ont accusé l’humoriste américain Louis C.K. de harcèlement sexuel dans un article publié jeudi 9 novembre par le  New York Times. La plupart des allégations font état de masturbation sans consentement explicite. « Ces histoires sont vraies », a commenté le comédien dans un communiqué.

Les comédiennes Dana Min Goodman et Julia Wolov disent avoir été invitées, en 2002, dans sa chambre d’hôtel, où elles l’ont regardé, « tétanisées », se déshabiller et se masturber. L’actrice et auteure Abby Schachner se rappelle l’avoir distinctement entendu se masturber alors qu’il était au téléphone avec elle, en 2003, là encore sans son consentement. La comédienne Rebecca Corry a confié au New York Times qu’il lui avait demandé, en 2005, s’il pouvait se masturber devant elle, ce qu’elle avait refusé. Une autre femme, restée anonyme, a dit qu’elle l’avait vu se masturber sur le plateau du Chris Rock Show dans les années 1990 et qu’elle lui avait « fait une remarque sur son comportement ».

Ce n’est pas la première fois que l’on parle d’hommes haut placés qui se servent de la masturbation comme d’une arme pour agresser sexuellement leur victime. La journaliste de télévision Lauren Sivan a raconté au HuffPost comment, il y a dix ans, Harvey Weinstein l’avait coincée dans un couloir, avant de se masturber devant elle et d’éjaculer dans une plante en pot. Quant au mannequin Angie Everhart,  elle a révélé à TMZ que le producteur s’était caressé au-dessus d’elle pendant qu’elle dormait.

« Davantage l’expression d’une violence qu’un acte sexuel déviant »

Depuis un mois, un nombre impressionnant de femmes ont rapporté des histoires de harcèlement et d’agression sexuels de la part d’hommes de pouvoir, dont des cas de masturbation non consenties, un exemple de comportement sexuel agressif rarement évoqué.

Quandra Chaffers, thérapeute clinicienne spécialisée dans les comportements sexuels problématiques exerçant à San Francisco, explique que la masturbation, en tant qu’acte sexuel, n’a rien de fondamentalement inhabituel ou malsain. « Se masturber, c’est simplement reconnaître que se caresser procure du plaisir, comme manger quand on a faim. Notre société, qui est encore très puritaine, a peur du plaisir. La masturbation solitaire n’a rien de néfaste », nous dit-elle.

En revanche, elle estime que le besoin de se masturber devant une personne sans son consentement est davantage l’expression d’une violence qu’un acte sexuel déviant. « Pour reprendre une métaphore que j’affectionne, si votre agresseur vous avait frappé à la tête avec une poêle, vous n’appelleriez pas cela cuisiner », ajoute-t-elle. « Qui dit parties génitales ne dit pas forcément relation sexuelle. La masturbation est ici utilisée comme une arme, au même titre qu’un pistolet. C’est un acte violent. »

Elle insiste sur le fait qu’en matière d’agression sexuelle, tout est dans le consentement. La masturbation non sollicitée est un comportement inacceptable qui relève de la même intention psychologique qu’une agression physique ou verbale.

« Le but est de ne pas se faire prendre »

Parfois, les individus préfèrent se masturber plutôt qu’agresser physiquement leur victime afin de tenter d’échapper aux conséquences de leur acte. « Le but est de ne pas se faire prendre », explique-t-elle, « pas plus que le braqueur de banque qui porte un masque. Ils se disent: ‘Si je ne la touche pas ou si je ne vais pas jusqu’au bout, je ne laisse aucune trace’. »

Pour elle, un autre facteur susceptible d’influencer les prédateurs sexuels est leur conception assez floue de la violence sexuelle: « Certains hommes commettent un viol aggravé sans en avoir conscience. Ils pensent qu’il n’y a rien de mal à offrir un verre de plus à une femme dans l’espoir que cela débouche sur autre chose. On entraîne les hommes à penser ‘Ah, moi, je ne l’ai pas forcée’. Nos idées sur la violence sont très étriquées. »

Cette perception a été confirmée par certaines des réactions qui ont inondé Twitter à la suite des allégations concernant Louis C.K.

« Se masturber devant des femmes est-il un crime? Bizarre, d’accord. L’exhibitionnisme, ce n’est qu’en public. »

Le ministère de la Justice américain définit l’agression sexuelle comme « tout type de contact ou de comportement sexuel qui se produit sans le consentement explicite de la personne visée. »

Pour la psychiatre Dayle M. Kramer, se masturber devant des gens que l’on oblige à regarder alors qu’ils n’en ont pas envie montre que l’on est animé d’un désir de puissance et de contrôle, mais aussi de sentiments de colère, de faiblesse, d’humiliation et de honte.

« C’est juste de la honte, il n’y a pas de terme clinique », nous dit-elle. « Et pas un type de honte particulier, non plus. Les gens peuvent éprouver cette honte de différentes façons. Nous ignorons si ces individus ont été harcelés ou humiliés au cours de leur enfance, nous ne savons pas ce qui les a conduits à vouloir faire honte aux autres et à eux-mêmes. »

« Une phase de développement que l’individu n’a pas pu terminer »

Lorsqu’on lui demande si l’exhibitionnisme — ou le fait de s’exposer, se caresser ou se masturber en présence d’un inconnu — est une motivation, elle pèse ses mots : « Il faut savoir ce que l’on entend réellement par exhibitionnisme. Pourquoi s’exhibent-ils? Qu’ont-ils à y gagner? Et qu’essaient-ils de faire? Il faut parler à la personne pour le savoir, on ne peut pas simplement cataloguer les gens. Je n’aime pas leur coller des étiquettes sans leur parler, je pense que c’est dangereux. On a tôt fait de dire que telle personne est narcissique, telle autre, obsédée. Ces étiquettes nous laissent penser à tort que nous connaissons les gens. »

Dans une interview donnée à The Cut, la sexologue Alexandra Katehakis décrit la masturbation non consensuelle comme une manifestation d’hostilité sexualisée à l’encontre des victimes, qui peut parfois remonter à un traumatisme ou une agression vécue dans l’enfance. Dayle M. Kramer estime que c’est une possibilité. « Sur le plan du développement, nous passons tous par des étapes diverses », note-t-elle. « La masturbation serait liée à une phase de développement que l’individu n’a pas pu accomplir ou terminer. Notre façon d’être est le reflet de nos blocages. »

Elle conteste cependant l’idée selon laquelle les victimes d’abus sexuel dans leur enfance, notamment, seraient plus enclines à commettre à leur tour des agressions sexuelles à l’âge adulte.  « Des analyses récentes ont révélé que dans certains cas, une combinaison d’événements traumatiques dans l’enfance est liée à des abus sexuels, mais qu’elle n’est pas nécessairement annonciatrice de ceux-ci. La négligence comme la maltraitance peuvent être encore plus révélatrices. »

« Les agresseurs ont souvent une idée fausse de leurs victimes »

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