Voyager, tout un art

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Le parc national de Gesäuse, en Autriche, dans lequel j’ai fait de la randonnée la semaine dernière.

Il y a quelques semaines, j’ai lancé l’art de voyager, un nouveau type d’interview sur L’Express Tendances, site dont j’ai également la charge à côté de L’Express Styles et qui comporte une rubrique Evasion. J’avais envie de savoir comment les autres partaient, se déplaçaient, exploraient. De nombreuses questions me sont venues à l’esprit, ainsi qu’une longue liste de personnes à qui j’avais envie de les poser.

Il s’agit bien sûr de récolter des idées de destinations et des bonnes adresses, mais aussi, au delà de l’aspect pratique, de comprendre ce que voyager représente pour nous aujourd’hui, alors que l’offre est pléthorique mais que nos moyens et notre temps sont limités. Je ne m’en suis rendu compte que récemment, mais cette idée d’interview m’est venue car je n’étais moi-même pas très au clair sur la question: ne pas voyager autant que je l’aimerais est sûrement ma plus grande frustration actuellement. J’ai pourtant conscience de le faire bien plus que beaucoup de gens, mais le cap des 40 ans a eu un effet symbolique sur moi: je rêve de certains voyages depuis de très longues années, et je me rends compte que si je ne m’active pas, à force de les repousser en raison de leur coût, je risque de ne jamais les faire.

La bonne nouvelle, c’est qu’après seulement quelques interviews sur l’art de voyager, j’ai l’impression d’être en train d’évoluer sur le sujet grâce à mes interlocutrices. J’espère que ça sera le cas pour vous aussi, tant je les trouve inspirantes! Pour l’instant, seules celles de Lili Barbery-CoulonElodie Piège et Isabel Marant sont en ligne, mais d’autres qui m’ont fait cogiter vont arriver, au rythme, je l’espère, d’une par semaine, mise en ligne le dimanche à 13h.

Quand j’ai demandé à nos lectrices dans la Styles Room qui elles avaient envie que j’interviewe pour ce nouveau format (vous pouvez aussi me le dire ici dans les commentaires), au milieu de plein de bonnes idées, plusieurs m’ont demandé que je réponde moi-même au questionnaire. Comme pour l’interview des irremplaçables, je m’exécute donc aujourd’hui, avec l’impression que dans quelques années, mes réponses seront probablement différentes tant je suis en train d’évoluer sur le sujet. Il sera toujours temps de me plier à nouveau à l’exercice!

Est-ce que vous voyagiez beaucoup quand vous étiez enfant?
Les voyages ont toujours été très importants pour mes parents. Plus jeunes, avant d’avoir des enfants, ils ont chacun été de grands voyageurs, à une époque où c’était beaucoup moins répandu qu’aujourd’hui. On a donc pas mal vadrouillé, principalement en Europe: ils n’avaient pas les moyens d’aller au delà, et trouvaient l’Angleterre et l’Espagne plus intéressants que la France. Mon père m’a ainsi transmis son anglophilie et ma mère ses racines catalanes.

Quelle est votre approche du voyage aujourd’hui?
Je me sens dans une période de transition. Gustave a six ans. A ma place, beaucoup de gens auraient sûrement déjà fait plein de voyages avec lui. Moi, c’est plus compliqué. Avec Mark, on a préféré continuer à faire seuls les voyages que nous pensions que Gustave était trop jeune pour apprécier. Mais je sens que cette période arrive à son terme: l’envie de voyager avec mon fils est désormais beaucoup plus forte, lui nous le réclame, et il est maintenant assez grand pour s’adapter à bien plus de situations.

amsterdam-cafemodeGustave à Keukenhof, un parc floral près d’Amsterdam, aux Pays-Bas, en 2016.

Mon éducation fait que, en termes de budget, je place le voyage au dessus de tout. Rien pour moi ne mérite plus de dépenser de l’argent car, à tort ou à raison, j’ai la conviction que c’est ce qui m’ouvrira le plus l’esprit. En théorie, je ferai donc toujours passer un voyage avant l’achat d’une fringue par exemple. Pourtant, dans la réalité, ça n’est pas systématiquement le cas. Voilà pourquoi je disais plus haut que je n’étais pas tout à fait au clair avec moi-même sur le sujet. Et voilà aussi pourquoi je suis si regardante sur mes achats mode: ces dernières années, à chaque fois que je m’apprête à acheter un vêtement, je me demande si je ne devrais pas plutôt garder cet argent pour partir quelque part.

Le dernier élément à prendre en compte pour comprendre mon approche du voyage, c’est la passion de Mark pour le sujet. C’est bien simple: mon homme vit pour aller au resto et dormir dans de beaux hôtels. Et il aime tellement découvrir d’autres cultures et d’autres horizons qu’il vient de terminer un livre sur ce thème (The Escape Industry, à paraître en octobre). Autant dire qu’il ne se fait jamais prier pour partir!

foreign-cinema-san-franciscoMark au Foreign Cinema, un restaurant de San Francisco visiblement très à son goût.

Votre prochain voyage?
Un week-end à Arles autour du 14 juillet, un rituel que l’on n’avait toutefois pas pu s’offrir en 2016. Il est prévu depuis si longtemps que l’on n’a malheureusement pas pu le décaler quand une amie chère nous a invités à son mariage au même moment. Puis une semaine au Cap d’Agdge fin juillet avec mes parents, ma soeur, mon beau-frère et leurs enfants. Nous mettre tous d’accord sur la bonne formule nous a pris des mois. Finalement, nous avons choisi une résidence avec -point crucial- un mini-club qui libèrera les adultes l’après-midi. Après cela, nous partirons quelques jours en Angleterre pour voir mes beaux-parents à Bournemouth et des amis de Mark à Bath.

Le pays qui vous fait le plus rêver?
Les Etats-Unis. En me rendant en Californie l’année dernière, je croyais assouvir un rêve et pouvoir passer à autre chose en rentrant. Ce fut tout le contraire: ce voyage m’a fait prendre conscience que je pourrais retourner 20 fois dans ce pays, j’aurais encore envie d’en découvrir d’autres régions tant il est immense et d’une beauté saisissante. C’est bien sûr relié à une culture dont je me suis toujours nourrie. Voyager aux Etats-Unis, c’est entrer dans tous les livres, les films et les séries qu’on a lus et vus, mais les grands espaces exercent aussi sur moi un grand pouvoir d’attraction.

En ce moment par exemple, ma plus grande envie, c’est de faire un road trip avec Mark et Gustave dans l’Utah en avril 2018. L’idée est partie d’une photo d’Antelope Canyon vue sur Instagram, mais cela fait très très longtemps que j’ai par ailleurs envie de voir le Grand Canyon, Santa Fé et Las Vegas. Réussirons-nous à tout visiter dans un même voyage? Réussirons-nous seulement à partir? Réponse l’année prochaine!

Votre plus beau voyage?
La Californie, parcourue en 2016, fut inoubliable. La plage de Carmel m’a littéralement coupé le souffle. Big Sur m’a émue aux larmes. Conduire sur la route One fut une révélation…

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Plage de Carmel-by-the-Sea, en Californie.

Je suis également rentrée extatique de ma dernière randonnée en Autriche, il y a une semaine. Chaque année en juin, je pars avec Isabelle, une amie française qui habite à Vienne depuis longtemps. Elle pense un parcours en montagne qu’on se fait en deux jours, à la cool. Marches entourée de pins, longues discussions dans les refuges au coin du feu, nuits réparatrices: on s’est trouvé une formule qui contribue de manière significative à mon équilibre.

Plutôt hôtel ou Airbnb?
Mark ayant une passion pour les hôtels, je me laisse entraîner, mais si cela ne tenait qu’à moi, on irait plutôt dans des Airbnb, moins chers et plus pittoresques. Je ne désespère pas de le convaincre un jour…

Votre hôtel préféré au monde?
Deux me viennent à l’esprit. D’abord, le Nord-Pinus à Arles. D’habitude, je déteste la déco dans les hôtels car justement, elle est si impersonnelle qu’elle nous fait nous sentir… à l’hôtel. Le Nord-Pinus fait exception: à l’intérieur, on se croirait plutôt dans une maison de famille légèrement assoupie et magnifiquement décorée. Cet endroit a une âme. Et on y est toujours accueillis avec beaucoup de chaleur.

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La chambre qu’on a occupée au Nord-Pinus, à Arles, en 2014.

Ensuite, je garde un souvenir ébloui du Standard à New York. Mark l’avait repéré peu après son ouverture, avant que les prix de la chambre ne s’envolent. L’architecture moderniste, la vue ahurissante, l’atmosphère hors du temps, les ascenseurs arty, tout m’avait paru dingue dans cet hôtel. Je ne voudrais même pas y retourner tellement j’aurais peur d’être déçue par rapport à notre première visite!

Comment choisissez-vous vos hôtels?
Mark s’y colle. Il a l’habitude, je lui fais confiance. Avant qu’il ne réserve, je vérifie juste que l’atmosphère n’est pas trop surannée: il aime tellement les années 50 que j’ai appris à me méfier…

Quelques adresses d’hôtels, de restaurants ou de boutiques accessibles?
Je suis archi nulle en bons plans. Je n’en suis pas fière car je sais qu’on pourrait plus voyager si on était ultra regardants sur les prix. Ça tient au fait que, quand on part, on aime tellement se faire plaisir qu’on a tendance à s’offrir des choses qu’on ne s’offre pas d’habitude. Cela dit, je suis actuellement en train de revoir drastiquement mon approche.

En attendant, je peux tout de même vous signaler le Caesar Hotel à Londres, dans le quartier de Bayswater. C’est toujours là que je loge lorsque je viens en Fashion Week. C’est relativement central, très fonctionnel, avec un excellent rapport qualité-prix.

Le pays, la ville ou la région qui vous a le plus séduite culinairement?
Je garde un souvenir particulièrement savoureux d’un voyage à Budapest en 1999 avec mon amie Isabelle. Je n’y suis jamais retournée depuis, la ville a dû énormément changer, mais à l’époque la combinaison de bons petits plats qui tiennent au corps et de prix dérisoires avait enchanté l’étudiante que j’étais.

Votre meilleur et votre pire souvenir de voyage?
Le meilleur: visiter Naoshima, au Japon, avec Mark. C’était notre voyage de noces, nous étions sur cette petite île unique au monde, le temps couvert était assorti aux murs de béton gris de Tadao Ando, il y avait de l’art partout… Une expérience extraordinaire.

Le pire: en 2008, avec Mark, nous avions pris nos billets pour assister à une conférence de l’International Herald Tribune sur le luxe à New Delhi. L’événement n’était évidemment qu’un prétexte pour visiter l’Inde ensemble. La veille de notre départ, la série de dix attaques terroristes à Bombay (188 morts dont de nombreux ressortissants étrangers) nous a arrêtés. L’époque était différente, peut-être qu’aujourd’hui on serait partis quand même, mais à l’époque, on a renoncé. Au fond, je crois que l’Inde -que je ne connais donc toujours pas- continue de me faire peur. On m’a tellement parlé du choc que l’on ressent quand on découvre ce pays que je ne cesse d’en reporter la découverte…

Votre plus grand plaisir en voyage?
Les bonnes bouffes. Le choix des restaurants a pris une importance croissante dans nos déplacements. Rien ne me réjouis plus que la perspective de découvrir un lieu chargé d’atmosphère, où je vais pouvoir me régaler et mater les gens pendant deux heures en discutant avec des personnes que j’aime.

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Le petit-déj de l’hôtel Ammos, en Crète.

Quel rôle joue Instagram dans vos voyages?
Je m’en sers à plusieurs niveaux. Avant de partir, pour repérer des lieux, avec les hashtags. Une fois sur place, c’est mon carnet de bord. J’adore le côté album-souvenirs, que je continue de feuilleter une fois rentrée. Il y a aussi un aspect pratique: quand je géolocalise une photo, c’est autant pour donner des infos à ma communauté que pour me souvenir du nom du lieu. Enfin, les réactions de vous, lectrices, sont capitales. Sans proprement les solliciter, vos suggestions m’orientent énormément et me font découvrir la ville autrement. Quand j’annonce un voyage, certaines me proposent même qu’on se rencontre, ce que j’accepte avec plaisir quand je le peux. Ce sont toujours de très bons moments.

Comment préparez-vous vos voyages?
En général, je n’achète plus de guides. Je préfère sonder mon entourage et vous solliciter sur Facebook. Puis je creuse sur internet les lieux à ne pas manquer et les bonnes adresses lifestyle. Ça, ça me prend des heures et des heures. On en discute énormément avec Mark, qui a du pif, notamment pour les restos. Quelques jours avant le départ, on se fait un rétroplanning jour par jour, on vérifie les horaires et on appelle les endroits à réserver. Cela dit, sur place, notre emploi du temps n’est pas minuté. On improvise aussi beaucoup en fonction des quartiers où l’on se promène et des dernières suggestions faites sur les réseaux sociaux.

Qu’aimez-vous rapporter de vos voyages?
Je suis toujours impressionnée par les gens qui décorent leur appart avec des souvenirs rapportés des quatre coins du monde. Ça m’a longtemps fait fantasmer, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était aux antipodes de ma façon de faire. Moi, j’aime voyager léger, ne m’encombrer que de l’essentiel et revenir les mains dans les poches. Mes souvenirs, ils sont en photos et dans ma tête. Finalement, ça me suffit. J’ai même souvent du mal à rapporter des cadeaux à mon propre fils…

Etes-vous plutôt bagage cabine ou excédent de bagage?
Il y a quelques années, je suis passée au bagage cabine systématique -une valise Longchamp acceptée par toutes les compagnies aériennes avec lesquelles j’ai voyagé. Résultat: je n’emporte plus que le strict nécessaire -ce qui m’oblige à mieux penser ma garde-robe en amont-; je ne me trimballe plus 22kg en sueur dans les escaliers de mon immeuble; à l’aéroport, je n’attends plus ma valise sur le tapis roulant, anxieuse à l’idée qu’elle ait pu s’égarer en route. Ça m’a changé la vie.

Combien de temps à l’avance faites-vous votre sac?
Comme je déteste faire mes bagages mais qu’avec l’âge, j’ai appris à m’organiser, je morcelle cette tâche quelques jours avant le départ. Je repasse mes fringues le week-end précédent, je prépare mes produits de toilette et je cire mes pompes deux jours avant… La veille, tout doit être bouclé à 22h afin de pouvoir aller me coucher à mon heure habituelle. Ça peut paraître anecdotique, mais je considère ça comme un accomplissement personnel. Plus jeune, j’étais la championne de la valise faite à l’arrache à 2h du mat’, avec Mark qui pestait parce que mon remue-ménage l’empêchait de dormir.

Changez-vous votre routine beauté en déplacement?
Oui, je réduits et je mets tout en mini-flacons Muji. Une tannée, mais quelle fierté quand je réussis à tout glisser dans le micro-sac en plastique réglementaire en avion! J’ai tellement pris le pli que je n’ai plus de trousse de toilette en tissu: même quand je prends le train, je me contente d’un sac de congélation zippé. 

Combien de temps à l’avance arrivez-vous à l’aéroport?
Deux heures avant minimum. Louper un avion n’est pas une option.

Combien d’avions / de trains loupés dans votre vie?
Je n’ai jamais loupé de train. Le seul avion que j’ai manqué, c’était à Milan il y a un an et demi. Arrivée très en avance à l’aéroport, j’étais tellement prise dans la rédaction de mon post de blog post Fashion Week que je n’ai pas entendu les appels à l’embarquement.Alors qu’il s’agit de l’un des moments les plus chargés de l’année pour moi en termes de taf, j’ai dû rester dormir près de l’aéroport pour prendre le prochain avion. Sur le moment, j’en ai pleuré de rage tellement je me suis sentie bête.

Quel est votre sac à main préféré en voyage?
Mon Pliage Cuir Longchamp noir. Il est au bout du rouleau tellement je l’ai utilisé, mais justement, il ne craint plus rien et sa grande contenance me permet d’y mettre tout mon barda.

Qu’est-ce qui ne vous quitte jamais en avion?
Ma vieille écharpe noire en cachemire Faliero Sarti et mon iPhone. Même sans connexion, je continue de m’en servir comme carnet de notes. En avion et en train, je me sens l’esprit si libre que plein d’idées me viennent, pour le boulot notamment.

Que lisez-vous en voyage en général?
J’aimerais bien, comme Mark, pousser le raffinement jusqu’à choisir un livre en rapport avec le lieu visité, mais ça s’est toujours avéré beaucoup trop compliqué pour moi. Je me contente de dévorer la presse pendant le voyage, puis de poursuivre mon roman en cours.

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